Notes de lecture - le livre de l’intranquilité - Fernando Pessoa

Chaque page ouverte me semble écrite pour moi....

Chaque page ouverte me semble écrite pour moi.

Pessoa me dépeint et cela me trouble et me rend heureuse.

De l’action, je refuse d’agir, déconditionnement du devoir de l’action.

Le beau passage du droit au silence de G.Deleuze

Comme un oiseau il tombe, chute, remonte et...

Comme un oiseau il tombe, chute, remonte et perce le ciel.

Parfois il est au sol, et circule à la hauteur du passant, du voisin.

Parfois il est au fond, dans un trou profond, sous-marin.

La pensée en rêve se déplace sans cesse.

Le corps est immobile.

C’est un livre qui doit être idéalement lu dans...

C’est un livre qui doit être idéalement lu dans la lenteur.

Un journal doit pouvoir se lire aussi dans la lenteur du temps passant.

Le journal dans sa forme devient un concept.

La pensée fondée sur l’élaboration de la sensation furtivement et brièvement explorée

sur le temps d’un jour est dans sa juste mesure littéraire.

Elle devient support de réflexion sur le monde.

Etre plusieurs et sentir. En désertant une...

Etre plusieurs et sentir.

En désertant une identité fixe, les pistes de perception sont optimisées. L’être n’est

plus le lieu du moi unique.

L’être peut contenir plusieurs « moi », d’où le terme « vastes colonies de notre être ».

En étant plusieurs on peut aimer et haïr en même temps une même chose.

Il a commencé par construire le vide pour que...

Il a commencé par construire le vide pour que l’écriture ait une place en totalité.

La vie, l’être et l’écriture ne font qu’un.

L’écriture nourrissant de fait un non-livre dans sa forme.

Il n’est de nulle part et ne va nulle part,...

Il n’est de nulle part et ne va nulle part, sans lieu, sans centre.

Il n’est qu’un écho.

Le dedans fait partie du dehors et le dehors fait partie du dedans.

Ni centre ni périphérie.

La pensée dépressive est exprimée par la douleur de l’absence, de ne pouvoir être

dans le/au monde, et la pensée heureuse naît d’un lien concret, voir physique aux

choses.

Je pense que je ne pourrai pas passer de...

Je pense que je ne pourrai pas passer de temps auprès de « quelqu’un », dans le

cas présent un « auteur », si je ne considérais pas le fait qu’il puisse répondre à une

nécessité intérieure de haute importance.

Je ne peux donc lire que quand l’écrit va répondre à une inquiétude très précise.

Je pense déjà à celle de la solitude.

Pessoa me fait accepter ma solitude en la nommant.

Impossible de penser sa vie dans le collectif ou dans une assimilation de bonne

entente.

Découvrir sa solitude, c’est découvrir sa perception.

La mobilité est faite d’attachements.

La solitude est absolue. Dieu manque. On...

La solitude est absolue.

Dieu manque.

On assiste à la représentation de Dieu.

Une poitrine immense, dessinant un espace aussi vaste qu’une nuit d’été : Pessoa se

sent vraiment seul et petit comme un enfant.

Tombé du ciel, errant et mendiant des ressources de l’imaginaire.

Il cherche Dieu, convaincu qu’il existe.

Le principe du songe Et puis le miracle,...

Le principe du songe

Les nuages, la lumière. Cercle restreint mais concrètement observable du

personnage dansant, animé de l’inanimé.

C’est la projection de Pessoa sur le monde. La non vie de B. Soares est la vraie vie

de Pessoa.

Sa seule activité est celle du rêve.

L’irréalité du paysage vient de la créativité de l’auteur et de sa capacité à le rêver.

L’hyper conscient naît du rêve. L’hyper lucidité, hyperactivité à regarder, c’est la

construction du songe.

Un songe qui date de l’enfance et qui sépare l’auteur du monde, du monde des

autres qu’il ne sait pas appréhender parce qu’il est séparé des autres par le songe.

Cet homme n’existe que dans le rêve. « Je ne suis pas rêveur, je suis un rêveur

exclusivement. »

Et c’est de cette séparation que naît la vision.

L’écriture est pour ne plus ressentir. Brider,...

L’écriture est pour ne plus ressentir.

Brider, avoir une activité sans éclat, sans relief.

En étant plusieurs on peut aimer et haïr en même temps une même chose.

L’écriture est une activité qui dilue.

En décrivant des émotions il les désactive.
Elles se transforment en mots, en mots choses, mots papier, mots livre.

De mon atelier je surveille la nature.

Quand un phénomène est amorcé, comme la chute des feuilles (ou inversement au

printemps), j’attends que le phénomène touche à sa fin.

L’énergie du vide. La mélancolie est une bonne...

L’énergie du vide.

La mélancolie est une bonne chose.

La vacuité, la non-action, l’errance, le non-attachement.

S’occuper à entretenir l’inattention.

La tristesse est une disposition à ressentir.

La gaîté est un plein et donc ne convient pas.

La non-jouissance est une hospitalité.

La vacance est forme concave .

Nous ne pouvons voir physiquement et mentalement

Nous ne pouvons voir physiquement et mentalement le monde qu’en se tenant à une

distance bien précise.

Entre l’envie d’être et l’indifférence qu’on nomme les Limbes : on s’y compose et

recompose dans le secret.

Ni vivant ni mort mais regardant à l’extrême le visage des choses.

Perçu comme un ramassis de miettes sans intérêt pour son propre scripteur.

L’écrit et le scripteur sont tous deux confondus dans la souffrance de l’inexistence.

Passionné par le phénomène d’identité. Dans la...

Dans la psychologie des autres. Il s’infiltre pour mieux comprendre et penser

différemment.

L’expérience de la pensée dans tous ses états passe par l’observation des autres,

sans l’encombrement des limite, non des murs mais des murs de la pensée.

Car l’autre peut être une matière morte, inerte, sans conscience, mais matière à

sentir.

La présence de Pessoa en eux valide l’existence de leur être intérieur et peut être

visité par la conscience de l’analyse.

Par son extrême capacité à être avec lui et l’autre en même temps, par le nombre

d’identités Pessoa vit plus, comprend plus, sent plus.

Représenter le faire et le défaire. Il se...

Représenter le faire et le défaire.

Il se compose et se recompose.

La rencontre du moi et du monde est le sujet de l’observation et de l’expression.

L’expression est tout : libératrice et mémoire parce que principe de représentation.

Quand il y a représentation il y a mémoire. (…)

Le moi est un être inconnu.

D’une capacité d’extension et de mutation effrayantes, de connaître sans être capable de se retrouver.

Il se sent méconnaissable par moment.

Sentiment de l’absurdité de la vie, l’absurde...

Sentiment de l’absurdité de la vie, l’absurde étant un sujet.
L’absurde contient le paradoxe.
Le paradoxe est une dynamique qui permet de ne pas fermer l’écriture sur elle-même et
de la continuer sans fin.

Séparés de Dieu. Le vertige de l’homme seul est...

Séparés de Dieu.

Le vertige de l’homme seul est un sujet d’élaboration à part entière.

Seul, distant de la notion de milieu, de mouvement, d’école.

La pensée fondée sur le détachement.

Ayant perdu l’inconscience soit la naïveté en la croyance de quelque chose.

Il reste le renoncement et la contemplation comme moyen de se construire, libre

comme un croyant, libre comme un athée.

« Au fond d’une dépression sans fond » parce que...

« Au fond d’une dépression sans fond » parce que sans cause particulière, cet état est

indépendant du reste du monde.Il s’agit d’une identité.

L’état de l’être n’est autre que l’être lui-même.

C’est le propre de la dite dépression sans raison, sans cause.

C’est la vie dans toutes ses composantes qui fait souffrir.

La souffrance est une donnée intégrante de la vie.

Je suis / il est né ainsi.

Ma tristesse est originelle, d’ailleurs il est sans âge.